Collecte de sang : l’apparition de filières privées change la donne

Le plasma sanguin est devenu l’objet d’un marché mondial. L’irruption d’entreprises privées, qui se fournissent auprès de donneurs américains pauvres contre rémunération, oblige la filière française, publique et bénévole, à s’adapter.

La vie de Mark McMullen est suspendue à un fil. Les 225 dollars (212 euros) que lui versent chaque mois les services sociaux de l’Etat de l’Ohio, aux Etats-Unis, lui permettent tout juste de payer son loyer (subventionné), son abonnement de téléphone et son assurance-santé. Sa semaine s’écoule entre une rencontre des alcooliques anonymes, le mercredi, et une matinée de bénévolat, le samedi, à l’église de son quartier, dans une banlieue pauvre de Cleveland.

Mais Mark McMullen a son petit secret. Deux fois par semaine, il se rend dans un centre de la firme suisse Octapharma pour y vendre une partie de son corps. Pendant plus d’une heure, une aiguille plantée dans son bras pompe son sang pour en extraire le plasma, un liquide jaune riche en protéines.

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La Suisse, coffre-fort du dictateur érythréen

Depuis 1993, Issayas Afeworki fait régner la terreur sur l’Erythrée, aussi surnommée la Corée du Nord de l’Afrique. Alors que la population ne pense qu’à fuir, le président amasse patiemment un joli magot, qu’il place discrètement à l’étranger, notamment en Suisse.

La Suisse est une destination prisée des Erythréens. Tous les jours, par dizaines, des réfugiés venus de ce petit Etat de la corne de l’Afrique s’amassent aux frontières du Tessin, cherchant par tous les moyens à échapper à l’enfer et à gagner la liberté dont ils rêvent depuis des années. Avec plus de 2300 ressortissants arrivés entre avril et juin 2015, l’Erythrée est désormais le premier pays d’origine des requérants d’asile en Suisse.

Mais notre nation est aussi appréciée pour d’autres raisons que sa démocratie. Les Erythréens plus aisés, proches du dictateur Issayas Afeworki, aiment à fréquenter les établissements bancaires de la place helvétique pour gérer leurs affaires et enrichir les poches de leur charismatique leader.

L’enquête de L’Hebdo montre qu’une partie des recettes d’Asmara provenant des activités illégales du régime a transité par le biais de comptes à Genève et à Zurich, notamment à UBS. Les sommes se comptent en dizaines de millions.

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La Croix-Rouge cède aux vampires de Lachen

La firme schwytzoise Octapharma, impliquée dans plusieurs scandales de corruption, continuera d’acheter le sang collecté dans les centres de don en Suisse.

Rudolf Schwabe était plutôt gêné aux entournures, en décembre dernier. Le chef du service de transfusion sanguine de la Croix-Rouge suisse venait d’apprendre par L’Hebdo qu’un de ses principaux partenaires commerciaux, la société Octapharma, établie à Lachen, dans le canton de Schwytz, était impliqué dans une affaire de corruption, de fraude fiscale et de blanchiment au Portugal. Ces accusations faisaient tache dans l’univers aseptisé du don de sang, nourri de hautes valeurs éthiques, symbole de désintéressement et de respect d’autrui.

L’arrestation de José Sócrates, ancien premier ministre du Portugal, avait fait apparaître le rôle trouble d’Octapharma dans le marché du plasma humain, un composant du sang utilisé pour les transfusions et la fabrication de médicaments. L’entreprise familiale, qui emploie 5700 personnes dans le monde, est spécialisée dans la collecte et le traitement de ce liquide jaune dont le commerce est devenu aussi globalisé que lucratif.

Si l’affaire embarrassait tant Rudolf Schwabe, c’est que la Croix-Rouge (Transfusion CRS Suisse), seul organisme autorisé à collecter les dons de sang en Suisse, entretient des liens étroits avec Octapharma. Sur les 80 000 litres de plasma collectés chaque année, plus de 80% ne peuvent être utilisés immédiatement pour des transfusions. Plutôt que de détruire ses précieux stocks, la Croix-Rouge, qui utilise le slogan «Donner son sang, c’est sauver des vies», revend le plasma de ses donneurs à des sociétés pharmaceutiques qui le transforment en médicaments. L’organisation à but non lucratif touche ainsi 640 000 francs par an d’Octapharma.

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Chez Firmenich, des ouvriers temporaires travaillent depuis huit ans

Un tiers des temporaires de la firme gagnent 1000 francs de moins par mois que les ouvriers fixes, selon les syndicats.

Dans l’usine Firmenich de Meyrin, du lundi au dimanche, les employés s’activent autour des machines pour fabriquer des litres d’arômes et de parfums. A première vue, ils font tous partie de la même entreprise. Dans chaque équipe, ils pointent aux mêmes heures, effectuent leurs tâches avec le même professionnalisme et mangent à la même table. Pourtant, sans que ce soit visible, ces ouvriers sont divisés en deux catégories distinctes: les employés et les temporaires.

La firme genevoise a toujours fait appel aux intérimaires. Mais depuis quelques années, elle a gelé les embauches et a recours à cette main-d’œuvre flexible pour renforcer ses effectifs de production. La porte-parole de Firmenich, Nollaig Forrest, ne veut pas donner de chiffres précis. Mais le syndicat Unia, qui a pris le dossier en main, estime à environ 250 le nombre de personnes sous contrat avec Manpower qui travaillent dans les ateliers de Firmenich, en majorité sur le site de Meyrin. Cela correspond à un tiers des ouvriers employés par le groupe.

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Suisse: femmes enceintes, au boulot !

Accusés de complaisance par les assureurs, les gynécologues ne donnent plus aussi facilement des arrêts de travail à leurs patientes en fin de grossesse. La loi entrée en vigueur en 2005 ne prévoit pas de congé avant l’accouchement, alors que 90% des Suissesses en prennent un. Les spécialistes dénoncent une «hypocrisie».

Quelques jours avant Noël, à plus de huit mois de grossesse, Emilie* se rend chez sa gynécologue au centre de Lausanne. Le contrôle est positif: la maman et son bébé se portent bien. Mais la jeune femme, qui travaille dans des conditions de grand stress, est épuisée, souffre du dos et d’un essoufflement continu.

Ne pourrait-elle pas arrêter de travailler jusqu’à l’accouchement? Son médecin l’écoute et la comprend, mais refuse catégoriquement de signer un certificat médical. Sa petite fille naîtra quelque temps après – en bonne santé, mais avec quinze jours d’avance…

Si cette gynécologue n’a pas voulu donner un arrêt de travail à Emilie, c’est qu’elle n’en avait pas formellement le droit: il aurait fallu que la santé de la mère et de l’enfant soit gravement menacée.

Selon la loi de 2005, le congé maternité ne démarre qu’à la naissance du bébé; avant celle-ci, la femme est censée travailler, car la grossesse n’est pas considérée comme une maladie. Jusqu’à présent, les médecins estimaient que la fatigue, qu’elle soit physique ou psychologique, était une raison suffisante pour mettre à l’arrêt une patiente enceinte. Cette ère est désormais révolue.

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La justice genevoise clôt l’affaire Abacha en catimini

Un accord confidentiel scellé devant la justice genevoise a réglé la restitution de plus de 1 milliard de dollars détournés par le dictateur Sani Abacha. En échange, les poursuites contre son fils sont annulées. Au passage, les avocats se partageront un pactole de 70 millions de dollars. Exclu des négociations, Berne demande des explications.

Derrière les hautes vitres du Ministère public genevois, chaque jour s’impriment, se signent et se tamponnent des dizaines de documents. Tous ne passent pas nécessairement sous les voûtes du palais de justice: certains accords, hautement confidentiels, échappent au regard du pouvoir judiciaire. Scellés directement entre les parties adverses, ils mettent fin aux procédures officielles pour convenir d’un discret arrangement, dont les termes sont convenus dans la plus stricte discrétion.

Si ces méthodes sont fréquentes en droit civil, il arrive aussi qu’elles s’appliquent à des affaires pénales d’une grande ampleur, à la portée internationale. C’est le cas d’un accord signé le 7 juillet dernier. Ce document, avalisé par le procureur général genevois, Olivier Jornot, qui n’aurait jamais dû être rendu public, détaille les conditions de la restitution au Nigeria de plus de 1 milliard de dollars pillés par son dictateur. Ces fonds sont actuellement bloqués par les autorités suisses et américaines sur des comptes au Liechtenstein, au Luxembourg, à Jersey, en France et en Grande-Bretagne.

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Les vampires de Lachen

Ils prélèvent le plasma sanguin, le transforment et le revendent. Octapharma AG est l’un des leaders mondiaux du secteur. Un succès aux méthodes troubles: la firme est mise en cause au Portugal et au Brésil. Tandis qu’en Suisse, la Croix-Rouge lui revend une partie du sang de ses donateurs.

Le cauchemar de José Sócrates porte un nom: Octapharma. Derrière les barreaux de la prison d’Evora, où il purge une peine préventive depuis maintenant un mois, l’ancien premier ministre portugais doit regretter d’avoir frayé d’un peu trop près avec la multinationale suisse. Car derrière le business apparemment aseptisé de cette entreprise méconnue se cache une stratégie implacable, parfois aux frontières de la légalité. Présente dans plus de cent pays, Octapharma avance comme un bulldozer sur le marché en pleine croissance des dérivés du plasma sanguin.

L’ex-leader socialiste est accusé de fraude fiscale, de blanchiment d’argent et de corruption par la justice lusophone. Et si l’enquête a des dizaines de ramifications complexes, les pistes remontent avec insistance jusqu’à la bourgade schwytzoise de Lachen, siège d’Octapharma AG.

Depuis le début de 2013, José Sócrates était consultant de la firme pour l’Amérique latine. Avec un salaire de 12 000 euros mensuels, écrit la presse portugaise, qui lui aurait été versé à double. Une partie de cette rémunération viendrait du compte offshore d’un ami – une manière efficace de blanchir une fortune d’origine douteuse, avec l’aval d’Octapharma. Comment l’ex-ministre a-t-il pu gagner les 20 millions d’euros qu’il détenait sur un compte chez UBS ?

Décrit comme bling-bling, l’ancien chef du gouvernement, qui a démissionné en 2011, aurait mis en place un système élaboré de détournement de fonds. Plusieurs autres personnes mises en cause par l’enquête, comme ses compatriotes Jaime Couto Alves ou Paulo Castro, sont également liées à Octapharma. L’entreprise pharmaceutique s’est déclarée prête à collaborer avec les enquêteurs et a démis José Sócrates de ses fonctions.

Le scandale ne fait que commencer: les accusations de Lisbonne sont en voie de remonter jusqu’au Brésil, où Octapharma a déjà connu de gros problèmes. En 2004, la firme suisse était apparue avec deux concurrents dans l’affaire des «vampires du sang» qui avait ému tout le pays. Octapharma y était accusée d’avoir inondé le marché de ses produits à coups de dessous de table auprès de fonctionnaires du Ministère de la santé et du Parti du travail. Les prix des injections de plasma avaient explosé, tandis que les malades, eux, mouraient.

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