Collecte de sang : l’apparition de filières privées change la donne

Le plasma sanguin est devenu l’objet d’un marché mondial. L’irruption d’entreprises privées, qui se fournissent auprès de donneurs américains pauvres contre rémunération, oblige la filière française, publique et bénévole, à s’adapter.

La vie de Mark McMullen est suspendue à un fil. Les 225 dollars (212 euros) que lui versent chaque mois les services sociaux de l’Etat de l’Ohio, aux Etats-Unis, lui permettent tout juste de payer son loyer (subventionné), son abonnement de téléphone et son assurance-santé. Sa semaine s’écoule entre une rencontre des alcooliques anonymes, le mercredi, et une matinée de bénévolat, le samedi, à l’église de son quartier, dans une banlieue pauvre de Cleveland.

Mais Mark McMullen a son petit secret. Deux fois par semaine, il se rend dans un centre de la firme suisse Octapharma pour y vendre une partie de son corps. Pendant plus d’une heure, une aiguille plantée dans son bras pompe son sang pour en extraire le plasma, un liquide jaune riche en protéines.

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Suisse: femmes enceintes, au boulot !

Accusés de complaisance par les assureurs, les gynécologues ne donnent plus aussi facilement des arrêts de travail à leurs patientes en fin de grossesse. La loi entrée en vigueur en 2005 ne prévoit pas de congé avant l’accouchement, alors que 90% des Suissesses en prennent un. Les spécialistes dénoncent une «hypocrisie».

Quelques jours avant Noël, à plus de huit mois de grossesse, Emilie* se rend chez sa gynécologue au centre de Lausanne. Le contrôle est positif: la maman et son bébé se portent bien. Mais la jeune femme, qui travaille dans des conditions de grand stress, est épuisée, souffre du dos et d’un essoufflement continu.

Ne pourrait-elle pas arrêter de travailler jusqu’à l’accouchement? Son médecin l’écoute et la comprend, mais refuse catégoriquement de signer un certificat médical. Sa petite fille naîtra quelque temps après – en bonne santé, mais avec quinze jours d’avance…

Si cette gynécologue n’a pas voulu donner un arrêt de travail à Emilie, c’est qu’elle n’en avait pas formellement le droit: il aurait fallu que la santé de la mère et de l’enfant soit gravement menacée.

Selon la loi de 2005, le congé maternité ne démarre qu’à la naissance du bébé; avant celle-ci, la femme est censée travailler, car la grossesse n’est pas considérée comme une maladie. Jusqu’à présent, les médecins estimaient que la fatigue, qu’elle soit physique ou psychologique, était une raison suffisante pour mettre à l’arrêt une patiente enceinte. Cette ère est désormais révolue.

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Les vampires de Lachen

Ils prélèvent le plasma sanguin, le transforment et le revendent. Octapharma AG est l’un des leaders mondiaux du secteur. Un succès aux méthodes troubles: la firme est mise en cause au Portugal et au Brésil. Tandis qu’en Suisse, la Croix-Rouge lui revend une partie du sang de ses donateurs.

Le cauchemar de José Sócrates porte un nom: Octapharma. Derrière les barreaux de la prison d’Evora, où il purge une peine préventive depuis maintenant un mois, l’ancien premier ministre portugais doit regretter d’avoir frayé d’un peu trop près avec la multinationale suisse. Car derrière le business apparemment aseptisé de cette entreprise méconnue se cache une stratégie implacable, parfois aux frontières de la légalité. Présente dans plus de cent pays, Octapharma avance comme un bulldozer sur le marché en pleine croissance des dérivés du plasma sanguin.

L’ex-leader socialiste est accusé de fraude fiscale, de blanchiment d’argent et de corruption par la justice lusophone. Et si l’enquête a des dizaines de ramifications complexes, les pistes remontent avec insistance jusqu’à la bourgade schwytzoise de Lachen, siège d’Octapharma AG.

Depuis le début de 2013, José Sócrates était consultant de la firme pour l’Amérique latine. Avec un salaire de 12 000 euros mensuels, écrit la presse portugaise, qui lui aurait été versé à double. Une partie de cette rémunération viendrait du compte offshore d’un ami – une manière efficace de blanchir une fortune d’origine douteuse, avec l’aval d’Octapharma. Comment l’ex-ministre a-t-il pu gagner les 20 millions d’euros qu’il détenait sur un compte chez UBS ?

Décrit comme bling-bling, l’ancien chef du gouvernement, qui a démissionné en 2011, aurait mis en place un système élaboré de détournement de fonds. Plusieurs autres personnes mises en cause par l’enquête, comme ses compatriotes Jaime Couto Alves ou Paulo Castro, sont également liées à Octapharma. L’entreprise pharmaceutique s’est déclarée prête à collaborer avec les enquêteurs et a démis José Sócrates de ses fonctions.

Le scandale ne fait que commencer: les accusations de Lisbonne sont en voie de remonter jusqu’au Brésil, où Octapharma a déjà connu de gros problèmes. En 2004, la firme suisse était apparue avec deux concurrents dans l’affaire des «vampires du sang» qui avait ému tout le pays. Octapharma y était accusée d’avoir inondé le marché de ses produits à coups de dessous de table auprès de fonctionnaires du Ministère de la santé et du Parti du travail. Les prix des injections de plasma avaient explosé, tandis que les malades, eux, mouraient.

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La médecine française attire les Suisses

Le 28 septembre, les Suisses se prononçaient contre la création d’une caisse maladie publique. Le référendum n’a pourtant pas clos les débats dans la Confédération sur les coûts de la santé.

Chaque mois, un citoyen verse à son assurance privée une prime de 400 francs en moyenne, soit 330 euros. Le patient doit payer ses consultations jusqu’à un certain montant (dans certains cas, équivalent à 2000 euros par an), une franchise au-delà de laquelle l’assurance privée prend le relais. Les soins médicaux en Suisse sont très chers. Les consultations sont facturées à la minute. Il faut compter 100 euros en moyenne pour une visite chez un généraliste. Ce système favorise le tourisme médical.

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Des antidiabétiques inquiètent les médecins

Ce sont des petites pilules qui s’appellent Januvia, Galvus ou Velmetia. Tous les jours, selon SantéSuisse, environ 140 000 diabétiques avalent des gliptines pour mieux contrôler leur glycémie. Dès leur arrivée en Suisse, en 2007, ces substances ont attiré l’attention, sur un marché où les nouveautés ne sont pas légion. Et si celles-ci étaient un vrai progrès?

Sept ans plus tard, les experts déchantent. «Il y a un risque d’effets secondaires qui peuvent être problématiques», estime Martine Ruggli chez PharmaSuisse, la Société suisse des pharmaciens. Selon plusieurs études, dont une parue en avril 2013 dans le réputé JAMA, le journal de l’association médicale américaine, les sitagliptines doublent le risque pour les patients d’avoir une pancréatite aiguë. Si elle n’est pas traitée à temps, cette inflammation douloureuse du pancréas peut être fatale. D’autres études affirment que l’effet serait identique pour les autres gliptines (linagliptine, etc. )

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La course à la rentabilité épuise les travailleurs handicapés

Julien a claqué la porte de son atelier protégé l’été dernier, après quinze ans de bons et loyaux services. «La seule chose qui comptait, c’était gagner de l’argent, estime ce Genevois, qui s’exprime sous un nom d’emprunt. On devait faire plus de tâches, dans des délais plus courts. » A ses débuts, se souvient-il, l’ambiance était familiale…

L’histoire est d’autant plus tragique que Julien est handicapé et rentier AI à 100%: il souffre notamment de crises d’épilepsie violentes, qui peuvent intervenir à tout moment. Seul «Taji», son fidèle chien guide, parvient à détecter ses crises. Mais quand il a demandé à prendre le labrador au bureau et qu’on le lui a refusé, ce fut la déception de trop: il a immédiatement décidé de démissionner.

Loin d’être un cas isolé, ce témoignage illustre le malaise qui sévit au cœur des ateliers protégés.

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