Corée du Nord : «Kim Jong-un a caché plus de 3 milliards de dollars en Suisse»

Ahn Myeong Cheol a fui la Corée du Nord il y a vingt ans. Le dissident était à Genève pendant l’adoption de la résolution de la commission de l’ONU contre les dirigeants de Pyongyang. «Cela donne beaucoup d’espoir et de force aux Coréens du Nord, qui savent bien que leur leader est un criminel, affirme celui qui est le secrétaire général de Free NK Gulag. J’apprécie les efforts de la communauté internationale pour faire pression sur le sujet. Mais il faudra un peu plus de temps pour que le Conseil de sécurité s’empare du problème. Il faut nous armer de patience.»

Ahn Myeong Cheol s’est enfui de son pays en 1994. Il peut raconter les exactions du régime, particulièrement violentes dans les camps de prisonniers politiques où il a travaillé. Selon lui, près de 200.000 personnes vivraient dans cinq «goulags». «20 % d’entre elles sont des prisonniers politiques, c’est-à-dire qu’ils sont chrétiens, qu’ils ont critiqué le pouvoir ou ont tenté de fuir à l’étranger, explique le dissident. Les 80 % restants sont là parce qu’un de leurs proches était un opposant politique. Leurs familles sont condamnées pendant trois générations. Ces gens sont traités comme des animaux.» Lui-même peut en témoigner. Dès l’âge de 18 ans, Ahn Myeong Cheol est enrôlé comme gardien, servant dans quatre camps nord-coréens successivement. Son rôle? «Empêcher les prisonniers de s’évader en leur tirant dessus s’ils tentaient de le faire, se souvient-il. J’étais entraîné pour percevoir le prisonnier politique comme un ennemi.»

Par la suite, il devient conducteur de camions: en transportant les prisonniers, il comprend peu à peu que ceux-ci ont été incarcérés sans raison. En 1994, son père se suicide après avoir remis en question le système de rationnement en vigueur dans le pays. Peu après, sa mère, son frère et sa sœur sont emprisonnés. Juste avant de l’être lui-même, Ahn Myeong Cheol, alors âgé de 25 ans, passe la frontière vers la Corée du Sud, où il vit toujours depuis.

Si le militant est venu à Genève à l’invitation d’UN Watch, une ONG active dans le domaine des droits de l’homme, c’est aussi pour rencontrer le président suisse Didier Burkhalter. Fin octobre, celui-ci répondait à une pétition signée par vingt dissidents nord-coréens et demandant le gel des comptes bancaires helvétiques ouverts par des membres du régime. Dans son courrier, Didier Burkhalter rappelait que, depuis 2006, des mesures coercitives – dont le gel de certains avoirs – ont été prises en Suisse contre douze personnes et vingt organisations nord-coréennes.

Des signes «insuffisants», pour Ahn Myeong Cheol, qui estime que «Kim Jong-un et son entourage ont caché entre 3 et 4 milliards de dollars en Suisse». Cet argent proviendrait essentiellement de trois sources: le salaire des Nord-Coréens réduits à l’esclavage, que le régime prélève, les revenus des restaurants nord-coréens à l’étranger, mais aussi le produit de la vente de drogues, d’armes illégales et de contrefaçons de marques internationales. Le militant rappelle que le «leader» lui-même a étudié en Suisse, ce qui renforce les liens entre les deux pays.

Dans le cadre d’un procès à La Haye, Berne pourrait élargir le gel des fonds nord-coréens, comme elle l’a déjà fait pour l’Égypte, la Tunisie ou la Libye. Dans le futur, Ahn Myeong Cheol, lui, espère avoir des nouvelles de sa famille, qui vit toujours dans un camp. «Je ne perds pas espoir», dit-il.

Article paru dans Le Figaro

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